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18 novembre 2010

Bâtir la paix, sur la démocratie et la prospérité... Le livre Programme de Laurent Gbagbo - Candidat de La Majorité Présidentielle - 1

 

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Introduction

Bâtir la paix sur la démocratie

Ce que nous avions cru impensable s'est donc produit. Il y a eu la guerre en Côte d'Ivoire. Il y a eu des morts, des vies brisées, des déplacés de guerre et des réfugiés. Nous avons constaté qu'avec la guerre, nous étions tous menacés dans les mêmes droits élémentaires. Quelles que soient nos appartenances régionales, religieuses ou politiques, quelles que soient nos positions sur la guerre elle-même, nous avons frôlé une catastrophe collective. Notre pays, la Côte d'Ivoire, a failli sombrer dans le chaos.

Mais les peuples entrent en action quand l'histoire l'exige. Les peuples se mobilisent toujours pour sauver les nations du péril. Le peuple ivoirien s'est dressé pour opposer au mauvais destin une même volonté résolue. Il a refusé la régression et nous sommes restés debout.

Aujourd'hui la guerre est terminée. Il s'agit à présent de gagner la Paix.


 

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Jusqu'au chapitre 1.1.7 (A suivre)

 

Mais pour gagner réellement la Paix, il importe que nous comprenions et la guerre et les enjeux de notre résistance.

Notre pays doit reprendre sa marche vers la prospérité dans la démocratie et, pour cela, il nous faut accéder à la modernité.

La modernité aujourd'hui, c'est la démocratie et le développement, je veux dire les libertés indivi­duelles, la capacité de l'État à faire face aux besoins individuels et aux besoins collectifs par l'éducation et l'industrialisation. Nous mettre à l'abri de la guerre, c'est nous donner les moyens de décider ensemble, nous - mêmes, des orientations de notre développement. Le temps est venu de travailler ensemble à l'avènement d'une vie commune meilleure, d'une vie protégée des incertitudes et des angoisses de la guerre.

N'oublions jamais qu'au cours de cette guerre, au-delà de nos vies et de nos biens, les cibles princi­pales des forces qui ont attaqué la Côte d'Ivoire, ce sont la Démocratie, la République et l'État de droit. Par-dessus tout, elles ont voulu détruire la nation ivoirienne. Souvenons-nous de ce qu'elles ont voulu faire de notre pays, par les armes d'abord. et par la diplomatie ensuite.

Elles ont voulu dénier au peuple ivoirien son droit souverain de désigner démocratiquement ses diri­geants. C'est pourquoi elles se sont attaquées aux institutions issues des élections : la présidence de la République et l'Assemblée nationale.

Elles ont voulu changer la nature du régime de notre pays. C'est pourquoi elles se sont attaquées à la Constitution.

Elles ont voulu affaiblir l'État, le rendre fragile et vulnérable de façon chronique. C'est pourquoi elles ont voulu transférer le centre du pouvoir exécutif des mains des personnes élues par le peuple, à des personnes choisies par elles.

Elles ont voulu désintégrer la nation ivoirienne. C'est pourquoi elles ont opposé les ethnies, les régions et les religions les unes aux autres.

Au total, elles ont voulu remettre en cause à la fois l'indépendance de la Côte d'Ivoire, les acquis des luttes démocratiques du peuple ivoirien, et l'unité de la nation. Voilà pourquoi nous avons résisté. Voilà pourquoi nous devons continuer à résister pour sauvegarder l'unité de notre nation, sauver la Démocratie, la République et l'État de droit. Nous devons résister pour demeurer une nation libre et digne, une nation généreuse et solidaire. Nous devons résister pour poursuivre notre quête de la prospérité. Nous devons résister pour sortir enfin de la culture et de l'esprit du parti unique.

Depuis 1990, la Côte d'Ivoire négocie le passage d'un monde qui finit, l'ère du parti unique, pour entrer dans le monde de la démocratie. Nous vivons les derniers soubresauts caractéristiques de cette fin d'époque. C'est pourquoi nous devons aller à un nouveau pacte social et républicain.

La guerre imposée à notre pays ainsi que la longue période de crise qu'elle a engendrée nous ont beaucoup appris. Elles nous ont appris qu'il ne suffit pas d'invoquer la paix pour l'avoir, ni de la décréter pour la vivre.

La paix est une des denrées à laquelle la raison et les désirs des hommes attachent le plus de prix. Mais elle est sans doute aussi, la plus fragile de ces denrées qui font le ciment des sociétés. S'il suffisait d'un décret pour imposer la paix, quel dirigeant politique sincère ne l'aurait établie pour le bien de son peuple ?

La Paix est toujours le nom d'un ordre donné et repose sur cet ordre. Pendant longtemps notre pays a connu un certain ordre de paix que je me suis gardé d'évoquer ces derniers temps : la Paix du parti unique. Le moment est sans doute venu d'en parler, car beaucoup de nos compatriotes ont choisi de travestir la vérité en rappelant le passé de paix des Ivoiriens. Ils en parlent comme s'il s'agissait d'un passé lointain et mythique de notre vie nationale. Ils en parlent avec nostalgie. Et lorsqu'ils évoquent les moments présents, marqués par de profondes turbu­lences au sein de notre société, ils refusent de pointer leur doigt accusateur là où il le faut, pour dire la vérité. Or les solutions que nous recherchons pour sortir notre pays de la crise et bâtir l'avenir de notre nation ne se trouvent pas dans ce passé nostalgique.

Le passé pour la Côte d'Ivoire, c'est le parti unique et son ordre. Et le parti unique n'est pas et ne peut être un modèle à revendiquer. Au contraire, nos difficultés actuelles sont le legs de ce régime, politique dont nous n'avons pas su tirer les leçons. C'est en effet une constante de l'histoire. Partout où les peuples ont été longtemps soumis à un régime de parti unique, il y a eu tôt ou tard de grandes turbu­lences : l'ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), après la chute du mur de Berlin en 1989, l'ex-Yougoslavie, après la mort du maréchal Tito, l'ex-Zaïre après la chute du maréchal Mobutu en 1997, la Guinée, après la mort de Sékou Touré en 1984, la Côte d'Ivoire, après la mort du président Houphouët-Boigny en 1993, etc.

La paix du parti unique est en effet une paix factice imposée dans la violence, et sous laquelle la violence couve en permanence. En Côte d'Ivoire, le parti unique a engendré la guerre des héritiers qui débute en janvier 1993, le coup d'État de décembre 1999 et le régime militaire de 1999 à 2000. Ce sont les contrecoups de ces rivalités qui conduiront à la tentative de coup d'État de janvier 2001, et à la guerre civile déclenchée en septembre 2002.

Le parti unique a prospéré en Afrique, il a été encouragé et soutenu au plan international à cause du contexte international dominé par la Guerre froide. Il a fini par être considéré comme une modalité de la paix internationale.

En Côte d'Ivoire la Paix du parti unique reposait sur trois piliers

- un pilier politique, le parti unique ;

- un pilier économique, l'exploitation de ressources naturelles abondantes pour une popula­tion peu nombreuse et l'endettement extérieur facile ;

- un pilier stratégique, le caractère spécifique des accords de coopération avec la France.

Ces trois piliers ont garanti la stabilité relative de l'État et la situation de paix que l'on a pu observer.

Mais le système n'a pas résisté aux crises qu'il a lui-même engendrées. Il était miné par un déficit démocratique qui a entraîné la dégradation progres­sive du contrat de confiance entre les dirigeants et les populations. Dès l'apparition des premières difficultés économiques et sociales véritables, ces piliers se sont effondrés les uns après les autres.

Premier pilier : le parti unique

Ce que l'on a appelé la "démocratie à l'ivoirienne", reposait sur l'emprise que le président de la République, président d'honneur puis président (à partir de 1980) du parti unique, exerçait sur les hommes et sur les institutions. Une des consé­quences de ce système était assurément l'attrait des cadres pour l'exercice d'une fonction politique, condition de leur promotion personnelle. Mais la pression sur les postes politiques devait très tôt engendrer des fractures à l'intérieur du parti unique et menacer la stabilité même du régime.

La question était alors de savoir comment maîtriser les velléités des cadres en nombre croissant et atténuer la pression qu'ils exerçaient sur les postes politiques forcément limités, tout en maintenant sous contrôle et bien à l'écart, ceux qui refusaient d'être membres du parti unique.

L'une des réponses a été l'augmentation du nombre des circonscriptions électorales et l'intro­duction des compétions électorales au sein du parti unique à partir de 1980. Désormais, pour être maire ou député, il fallait se soumettre au suffrage des popu­lations. Mais même dans ce système, la compétition électorale épargnait "le fauteuil du chef de l'État", au nom, disait-on, de la stabilité sociale et politique. Cette « démocratie » à double vitesse a pris fin sous la pression des luttes démocratiques du peuple ivoirien, avec la proclamation du multipartisme en 1990.

Une autre réponse a été le recrutement des cadres au sein ou à la tête des entreprises publiques et de la haute administration publique. Dans l'euphorie d'une économie de plantation et d'endettement en forte croissance, ce que l'on a appelé le « miracle ivoirien », le pays a ouvert de nombreux chantiers. Les grandes entreprises d'État et la haute adminis­tration servaient à absorber le flux de cadres et donc à résoudre non seulement le problème de leur emploi, mais aussi à soutenir financièrement le parti unique. Car dans bien des cas, les cadres étaient aussi cooptés dans les instances du parti unique. Mais très vite le système atteignit ses limites. Dès les années 80, ce fut la crise économique, avec l'apparition des Programmes d'Ajustement Structurels (PAS) caractérisés par l'obligation de la bonne gouver­nance, le désengagement de l'État des "secteurs productifs, la réduction de l'appui de l'État aux secteurs sociaux, les privatisations tous azimuts, le chômage des cadres et la misère des populations.

Deuxième pilier : l'exploitation de ressources naturelles abondantes pour une population peu nombreuse et l'endettement extérieur facile

Le niveau de développement économique qui a soutenu la Paix en Côte d'Ivoire reposait à la fois sur la faible densité de la population, des ressources naturelles abondantes et un endettement facile.

À l'indépendance, la Côte d'Ivoire comptait à peine 3 millions d'habitants. Le choix de rester dans l'éco­nomie de plantation, héritée de la colonisation, a entraîné d'une part, une politique agricole axée prin­cipalement sur les produits agricoles d'exportation au détriment de la production agricole vivrière et, d'autre part, comme conséquence de cette politique, un double mouvement migratoire des populations vers les zones propices à la culture de ces produits d'exportation : un mouvement interne des régions du Centre et du Nord vers la zone forestière d'une part, et d'autre part, la poursuite et l'intensifica­tion du mouvement externe, en provenance des pays limitrophes, vers ces mêmes forêts.

Très vite, l'exploitation sans mesure de la forêt et le rythme d'occupation des sols ont eu raison des ressources et de la cohésion sociale. Aujourd'hui, la forêt a disparu. Au moment de l'indépendance nous avions 16 millions d'hectares de forêt. Nous n'en avons maintenant qu'à peine 2,5 millions. La popu­lation ivoirienne qui était d'environ trois millions d'habitants en 1960 dépasse aujourd'hui les 20 millions. Les populations étrangères vivant dans le pays, dont 48 % sont nés en Côte d'ivoire, ont dépassé les 26 % de la population totale.

Les terres propices à la culture des produits d'ex­portation se font rares. L'absence d'une vision politique capable de prévenir les conflits liés au modèle économique adopté par le pays, a fait du monde rural un vaste champ de conflits multiformes liés à l'occupation des terres.

Pendant ce temps l'endettement prend des proportions insupportables. La dette de la Côte d'Ivoire que nous payons aujourd'hui date, pour l'essentiel, des années 70, 80 et 90. C'est au cours de ces trois décennies qu'elle a connu une évolution fulgurante. De 100 milliards de francs CFA, équivalant à 17,7 % du PIB en 1973, le montant de la dette est passé successivement à 2 371 milliards, soit 75,6 % du PIB en 1985 puis à 8 468 milliards, soit 136,2 % du PIB en 1996.

Avec une telle évolution de l'endettement, on comprend bien que la Côte d'Ivoire soit devenu un pays pauvre et très endetté. Bâtir la Paix aujourd'hui demande la mise en oeuvre d'un nouveau modèle économique. La réforme de l'économie est pour moi un enjeu de la Paix.

Troisième pilier : les accords de coopération avec la France

Les accords de coopération avec la France, signés en 1961, prolongeaient au-delà de l'indépendance, la « paix française » instaurée en Côte d'Ivoire sous la colonisation. Ces accords, favorisés par le contexte international de la Guerre froide ont, pendant longtemps, accordé à la Côte d'Ivoire une place de choix dans la diplomatie française et permis de réussir un solide attelage entre les deux pays. Mais cette paix liée, fille aînée des retombées de la coopération avec la France s'est, elle aussi, effondrée sous le poids de divers facteurs internes et externes.

Au plan international, la chute du mur de Berlin en 1989, marquant la fin de la division du monde en deux Blocs, la création de la monnaie unique européenne et l'élargissement de l'Europe, la mondialisation enfin, remettent en cause, de fait, les principes économiques fondamentaux et les enjeux stratégiques des accords de coopération.

Au plan national, l'évolution du niveau global d'instruction de la population, le regain démocra­tique qui s'accélère à partir de la fin des années 80, le développement d'une conscience nationale, la diversification des besoins de l'économie nationale, demandent un horizon de coopération plus large que celui fixé au lendemain de l'indépendance.

Aujourd'hui, la France elle-même ne fait plus mystère de sa volonté de réviser ces accords, y compris les clauses relatives à la défense. La Côte d'Ivoire doit pouvoir assumer totalement la Paix et la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur de ses fron­tières. Je veux, avec le soutien de tous nos amis, y compris la France, doter la Côte d'Ivoire des moyens d'assurer la sécurité de ses frontières, et celle des personnes et des biens sur son territoire.

Les trois piliers du parti unique se sont donc effondrés, et avec eux, la Paix qui est aujourd'hui encore évoquée avec nostalgie. Il n'est pas envisa­geable de revenir à ce passé. Il est révolu. Définitivement. Voilà pourquoi il nous faut bâtir la paix sur la démocratie comme base du nouveau pacte social et républicain que je propose aux Ivoiriens et à tous les habitants de ce pays.

Les Ivoiriennes et les Ivoiriens, comme tous ceux qui vivent en Côte d'Ivoire, voient et savent les efforts que je ne cesse de déployer, depuis le 19 septembre 2002, pour ramener la paix dans notre pays.

Mais il ne faut pas se tromper. La Paix que je veux

et que j'appelle de toutes mes forces, c'est la Paix que nous aurons tous voulue en tant que peuple et en tant que nation. Une Paix que nous désirons en connaissance des expériences vécues au cours de cette période difficile. Nous voulons une Paix réelle et vraie, issue d'un ordre social et politique que nous nous serons donné. Et ce sera notre Paix à nous, habitants de la Côte d'Ivoire. La Paix que je veux pour la Côte d'Ivoire est celle qui repose sur l'ordre démocratique ; une paix pour jouir de nos libertés et vivre notre indépendance.

C'est la raison essentielle pour laquelle nous devons aller aux élections. L'enjeu principal de ces élections, c'est la Paix et la quête de la prospérité. Mais c'est aussi la démocratie.

En Côte d'Ivoire, l'instauration du multipartisme le 30 avril 1990 a marqué une étape historique vers la démocratisation du pays. Elle a suscité un espoir légitime de liberté, de justice et de Paix. Il aurait fallu aussitôt bâtir la Paix sur le socle de la Démocratie. Mais les gouvernants de l'époque et les héritiers du parti unique en ont décidé autrement. N'ayant pas accepté le changement, ils ont voulu maintenir le régime ancien contre le Temps, contre l'Histoire et contre la volonté du peuple, empêchant ainsi la Nation de se former et l'État de se consolider sur la voie de la modernisation politique et économique.

Malgré tout, le peuple ivoirien est resté fidèle à son projet de faire de la Côte d'Ivoire un pays prospère, un pays de paix ; un pays où la paix et la prospérité reposent sur le fonctionnement démocra­tique des institutions. La prochaine élection présidentielle donne aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens l'occasion de renouveler cet engagement.

En 2000, j'ai été élu sur un programme que nous étions en train de réaliser lorsque la guerre est survenue. Dans le programme dont je présente ici les grandes lignes, j'indique les priorités qui sont aujourd'hui les nôtres mais surtout, je prends l'engagement de poursuivre les réformes dont notre pays a besoin pour assurer le bien-être des popula­tions, avoir une économie prospère et disposer des services d'un État efficace au service de tous dans un monde désormais multipolaire.

L'enjeu principal de ce programme c'est le bien­être des populations. Si je recherche la Paix, si je veux voir la Démocratie enracinée dans notre vie et dans notre culture, si je me bats pour améliorer les performances de notre économie, c'est pour faire de la Côte d'Ivoire un pays de solidarité, de bien-être et de générosité.

Les performances économiques d'un pays, aussi impressionnantes soient-elles parfois, n'ont pas de valeur en soi. Elles n'ont de valeur que si elles se traduisent par l'amélioration du bien-être des populations, c'est-à-dire par la satisfaction de leurs besoins essentiels. C'est la satisfaction partielle ou totale de ces besoins essentiels qui conduit à la prospérité du pays. En tête de ces besoins il y a l'éducation, la santé, le logement et le cadre de vie, le sport, la vie associative et les loisirs, la solidarité envers les personnes fragiles et les groupes vulnérables.

Mon ambition est de pouvoir créer les conditions indispensables du bien-être individuel et collectif en Côte d'Ivoire. De cette ambition résultent une mission et un combat. Ma mission est d'assurer l'égalité des chances à tous les habitants de ce pays. Mon combat est de garantir le progrès social.

I- MA MISSION : ASSURER L'ÉGALITÉ DES CHANCES

1.1- UNE ÉCOLE QUI DONNE SA CHANCE À CHACUN

La mission de l'école de la République, c'est de garantir l'égalité des chances à tous les enfants du pays, garçons comme filles, quelle que soit la condition sociale de leurs parents. L'école est en effet le lieu où se prépare l'avenir des personnes et de la société en donnant à la jeunesse les moyens de son épanouissement, de son insertion professionnelle et personnelle au sein de la société et, enfin, les moyens de l'exercice d'une citoyenneté accomplie.

Malheureusement depuis de nombreuses années déjà, notre système éducatif peine à remplir effi­cacement cette mission fondamentale. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait

- l'évolution des investissements dans les équipe­ments et les infrastructures scolaires n'a pas suivi la croissance démographique ;

- la formation du personnel enseignant n'a pas suivi le rythme des besoins d'encadrement ;

- certaines décisions gouvernementales ont causé Une démotivation des enseignants et détourné des vocations ;

- enfin la crise a perturbé profondément le système éducatif.

Les mesures que nous avons prises dès 2000 et que nous continuons de mettre en ceuvre, malgré la crise, ont permis de maintenir le système, de le faire fonctionner et même de l'améliorer, s'agissant notamment des droits et des conditions de vie des enseignants.

Il s'agit de

- la suppression des « salaires à double vitesse » dans l'enseignement ;

- la libéralisation de la tenue scolaire ; - la distribution des manuels scolaires ;

- la suppression des droits d'inscription à l'école primaire ;

- la pérennisation et la généralisation du programme des cantines scolaires.

Grâce à ces mesures, le système scolaire a résisté. Mais du fait de la crise, une partie seulement de ce qui était prévu a pu être fait. En outre, les mesures initiées dans cette période n'ont pu produire tout l'impact escompté. Aux défis structurels, sont venus s'ajouter d'autres défis nés de la crise inté­rieure, auxquels s'est ajoutée la crise financière internationale.

La paix étant revenue, nous allons poursuivre les mesures déjà initiées et engager les programmes qui n'ont pas pu l'être dans cette période, pour changer profondément notre système éducatif. Il s'agit de

- réformer le cadre institutionnel de l'ensei­gnement ;

- développer les infrastructures et les équipements scolaires ;

- améliorer la qualité et le taux de l'encadrement ;

- s'attaquer aux obstacles socioculturels à la scolarisation ;

- réduire les coûts de la formation ; - assainir l'environnement de l'école

1.1.1- RÉFORMER LE SYSTÈME ÉDUCATIF

Le cadre institutionnel actuel ne correspond plus aux besoins d'identification des capacités réelles des enfants. Le concours d'entrée dans le premier cycle de l'enseignement secondaire intervient à un âge où les enfants sont trop jeunes pour subir une sélection objective. Ceci peut expliquer le taux d'échec parfois trop élevé. Sur 100 enfants inscrits au CPl, seuls 47 franchissent le seuil de la classe du Cours Moyen Deuxième année (CM2) pour aller en classe de 6e.

Or, les enfants qui sont bloqués à ce niveau n'ont pas d'autre alternative crédible de formation et ils sont trop jeunes pour entrer directement dans la vie active. C'est une perte pour la société.

C'est pourquoi je propose de réorganiser notre système éducatif de base en deux niveaux au lieu de quatre actuellement. Aujourd'hui nous avons un premier niveau, appelé l'enseignement préscolaire ou la maternelle, un second niveau qui constitue l'enseignement primaire proprement dit et qui part du Cours Préparatoire première année (CP1) au Cours Moyen deuxième année (CM2), un troisième niveau constitué par le premier degré de l'enseigne­ment secondaire, comprenant les classes de la sixième à la troisième, enfin un quatrième niveau, correspondant au second cycle de l'enseignement secondaire, de la classe de seconde à la terminale. Le passage d'un niveau au niveau suivant se fait par une sélection qui accroît d'autant les occasions de déperdition.

Avec un tel système, l'école est détournée de sa vocation qui est d'abord et avant tout d'éduquer, de former et d'instruire. Dans le système actuel, au lieu de donner l'instruction au plus grand nombre d'enfants sur une période suffisamment longue, l'école retient une minorité d'enfants et rejette tous les autres.

Le système que je propose comprendra deux niveaux : un premier niveau, qui sera l'enseignement de base, prendra en charge tous les enfants en âge d'aller à l'école jusqu'à la classe de troisième. Le deuxième niveau correspondra au second cycle actuel des lycées et collèges. Le premier examen scolaire se situera à la fin de la formation de base, c'est-à-dire à la fin de la classe de troisième. En conséquence le concours d'entrée en sixième sera supprimé. Le passage en classe de sixième se fera par une évaluation uniquement destinée à s'assurer de l'acquisition des connaissances élémentaires nécessaires à la poursuite des études de l'enfant.

À partir de là, il sera possible d'offrir une alterna­tive aux enfants. Ceux qui en ont les aptitudes pourront poursuivre l'enseignement général jusqu'à l'université tandis que les autres se verront offrir une formation professionnelle pour apprendre un métier.

Ce système s'appliquera, naturellement à l'ensei­gnement privé laïc comme à l'enseignement privé confessionnel, étant entendu que les programmes d'enseignement de l'Éducation nationale sont du ressort de l'État.

Mon engagement ici est de rendre, à terme, l'enseignement de base gratuite et obligatoire.

1.1.2 - DÉVELOPPER LES INFRASTRUCTURES ET LES ÉQUIPEMENTS SCOLAIRES

Nous ne pouvons pas envisager d'instituer l'école obligatoire si, dans le même temps, il n'y a pas suffi­samment d'infrastructures scolaires pour accueillir tous les enfants en âge d'aller à l'école, partout en Côte d'Ivoire.

Malgré une croissance démographique très forte, 2,85 % par an, les dépenses dans les infrastructures et les équipements scolaires sont restées constantes à 0,3 % du PIB entre 2002 et 2007. Il faut s'attaquer immédiatement à ce déséquilibre qui demeure la source des dysfonctionnements de notre système d'éducation et de formation. Nous ne pouvons pas envisager d'instituer l'école obligatoire si, dans le même temps, il n'y a pas suffisamment d'infra­structures scolaires pour accueillir tous les enfants en âge d'aller à l'école partout en Côte d'Ivoire.

La mise en oeuvre de la politique d'infrastructures et d'équipements scolaires sera l'une des missions essentielles des collectivités décentralisées. Ce programme, qui est l'axe central de ma politique en matière d'éducation, a deux volets : l'augmentation des capacités par la construction de nouvelles classes et la réhabilitation des infrastructures et équipe­ments existants.

Les communes auront en charge l'entretien de l'ensemble des infrastructures scolaires situées sur leurs territoires respectifs.

Les conseils généraux auront la responsabilité de construire les établissements scolaires de la formation de base : les collèges, les écoles primaires et les cantines scolaires. Ils construiront également, si nécessaire avec l'appui des régions, les lycées d'enseignement général et les centres de formation professionnelle. Chaque département devra proposer annuellement un plan d'équipement scolaire pour lequel l'État donnera une subvention.

Les conseils de régions auront pour mission de construire les lycées et les centres de formation professionnelle. Chaque région devra être dotée d'au moins un lycée d'excellence mixte, d'un lycée de jeunes filles et d'un lycée professionnel. Ces établis­sements de référence devront disposer chacun d'un internat.

1.1.3. - AMÉLIORER LE TAUX D'ENCADREMENT

Le constat aujourd'hui est que les salles de classes sont surchargées. La norme UNESCO est de 40 élèves par maître. La moyenne nationale en Côte d'Ivoire est actuellement de 60 élèves par maître, mais ce chiffre cache des disparités selon les zones. Les communes auront en charge l'entretien de l'ensemble des infrastructures scolaires situées sur leurs territoires respectifs.

Les conseils généraux auront la responsabilité de construire les établissements scolaires de la formation de base : les collèges, les écoles primaires et les cantines scolaires. Ils construiront également, si nécessaire avec l'appui des régions, les lycées d'enseignement général et les centres de formation professionnelle. Chaque département devra proposer annuellement un plan d'équipement scolaire pour lequel l'État donnera une subvention.

Les conseils de régions auront pour mission de construire les lycées et les centres de formation professionnelle. Chaque région devra être dotée d'au moins un lycée d'excellence mixte, d'un lycée de jeunes filles et d'un lycée professionnel. Ces établis­sements de référence devront disposer chacun d'un internat.

1.1.3. - AMÉLIORER LE TAUX D'ENCADREMENT

Le constat aujourd'hui est que les salles de classes sont surchargées. La norme UNESCO est de 40 élèves par maître. La moyenne nationale en Côte d'Ivoire est actuellement de 60 élèves par maître, mais ce chiffre cache des disparités selon les zones et les régions du pays, le ratio pouvant aller à 70 élèves pour un maître.

C'est pourquoi, outre le renforcement des capacités d'accueil il faut mettre davantage l'accent sur le recrutement et la formation des formateurs instituteurs, professeurs des collèges et tout le personnel d'encadrement.

Le premier objectif, qui est d'ordre quantitatif, est d'augmenter le nombre d'enseignants pour améliorer le taux d'encadrement. Le second, qualitatif, est d'améliorer le niveau des enseignants. Ici également, il faudra accroître les capacités d'accueil et réhabili­ter les structures existantes.

L'éducation nationale reste une responsabilité de l'État. Les enseignants de chaque niveau doivent continuer d'être formés par l'État selon un programme national par niveau et dans des centres de formation financés par l'État.

Pour l'enseignement de base, il faut aller vers la création de centres régionaux, dans le cadre de la politique de décentralisation qui doit s'accompagner d'une fonction publique locale. La régionalisation de l'emploi d'enseignants aura en outre l'avantage d'éviter que certaines régions souffrent d'un déficit d'enseignants pendant que les enseignants sont en surnombre dans d'autres régions. Elle permettra ainsi de corriger les déséquilibres entre les régions et d'assurer un meilleur suivi des effectifs.

Pour l'enseignement secondaire, il faut poursuivre la politique de formation au niveau national à travers l'École Normale Supérieure (ENS) dont les capacités doivent être renforcées.

1.1.4 - S'ATTAQUER AUX OBSTACLES SOCIOCULTURELS À LA SCOLARISATION

Les principaux obstacles à l'évolution de la scola­risation sont d'ordre socioculturel. Ils tiennent à plusieurs facteurs dont les deux principaux sont : la méconnaissance de l'importance de l'école d'une part et le statut de l'enfant dans la société d'autre part. On estime souvent, mais c'est à tort, que la place de l'enfant est d'être toujours auprès de ses parents. Or, pour que l'enfant puisse accéder à l'instruction, il doit fréquenter l'école afin de bénéficier de la même éducation que celle qui est dispensée à tous les enfants de la République. Il pourra avoir ainsi les mêmes chances que tous les autres citoyens.

L'autre facteur déplorable, c'est lorsqu'on utilise l'enfant comme une force de travail. D'où tous les efforts que nous déployons pour éradiquer ce fléau que constitue le travail des enfants. À cet égard, la situation de la jeune fille mérite une attention particulière. Lorsque la condition sociale des parents les oblige à choisir parmi leurs enfants ceux qu'ils doivent scolariser, leur préférence va généra­lement aux garçons. Nous n'avons pas