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07 avril 2011

Comment Sarko et des barbouzes ont préparé l’offensive contre la Côte d'Ivoire

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L’entrée en guerre de la France contre la Côte d'Ivoire, le 04 avril, a sonné comme une   revanche personnelle de Sarkozy. Avec la bénédiction de l’Onu, Paris n’a  laissé à personne d’autre le soin de bombarder la présidence ivoirienne  ainsi qu’un camp militaire qui abritait   aussi des familles. Depuis plusieurs semaines, en Conseil des  ministres comme en privé, le chef de l’Etat ne décolérait pas contre  Gbagbo, « le dictateur sanglant de Côte d’Ivoire ». Au point de   s’avouer, le 5 avril, « à bout de patience ».

L'empereur  Sarkozy en veut personnellement au président Gbagbo dépuis que  celui-ci, en décembre 2010, après   la victoire, proclamée par l’ONU, de son ami Ouattara, le président  français, impérial, avait ignoré royalement son ultimatum donné quarante  huit heures pour quitter le pouvoir. Cela fait plus de   quatre mois qu'il est toujours au pouvoir.

Or Sarko avait beaucoup misé sur ce scrutin pour rehausser une cote fort dévaluée sur le continent.

N’était-il pas accusé de perpétuer la « Francafrique », ce système affairiste favorisant des groupes amis tels que Bouygues, Boloré, Veolia ?

Mais, après l’échec de son ultimatum ivoirien, le Président révise subitement ses positions et adopte un profil bas. Affirmant à la presse que « l’ancienne puissance coloniale n’était pas la mieux placée » pour intervenir.

En janvier, devant l’Union africaine, il ose même affirmer : « La France ne veut donner de leçons à personne ». Il faut dire que les événements de Tunisie, d’Egypte ou de Syrie n’ont guère fait briller la diplomatie tricolore.

La  campagne (aérienne) de Libye, pour laquelle Sarko a obtenu le droit  d’ouvrir le feu le premier, a   réveillé ses ardeurs belliqueuses. Selon plusieurs témoignages  d’officiers supérieurs au « Canard », la France a appuyé la conquête du  sud du pays par les forces de Ouattara. L’un d’eux, proche de   l’Elysée, se félicite de « notre efficacité dans l’organisation de la  descente sur Abidjan ».

Il  est vrai qu’en moins de quatre jours, les forces républicaines de Côte  d’Ivoire (FRCI) ont parcouru, sans grande résistance, la moitié du pays. Un autre galonné, membre  des services de renseignement, confie : « On a fourni des conseils  tactiques au Frci », mais aussi « des munitions et des Famas (fusils d’assaut). »

BARBOUZES AUX PREMIERES LOGES

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De  son côté, le contingent militaire français est porté , le 04 avril à  1700 hommes. Les 900 hommes du   dispositif permanent Licorne ont été notamment renforcés par des Rambo  de la Direction des opérations (ex-Service action) de la DGSE et des  Forces spéciales.

Quelques-uns,  parmi ces derniers, se sont retrouvés en contact direct avec  l’entourage de Ouattara. A   19H30, quatre hélicos Puma, soutenus par des MI24 de l’Onuci,  commencent leur pilonnage, frappant au passage des objectifs aussi  "stratégiques" que le CHU de cocody et de treichville et un supermarché du quartier de Cocody.

Pour la seconde fois en sept ans, « l’ancienne puissance coloniale » bombardait des soldats et des populations civiles ivoiriennes.

ARMEMENT A PRIX D’OR

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Cet héroïque canardage, qui selon l’Elysée, laissait entrevoir une reddition rapide de Gbagbo, risque   pourtant de laisser des traces profondes. Et une situation difficilement gérable à Abidjan.

D’abord parce que Ouattara pourrait pâtir, dans cette ville majoritairement acquise à Gbagbo, de son image de protégé de la France et des pays riches.

L’armement de ses troupes, son équipement tout neuf ont suscité l’étonnement des ivoiriens.

Si  l’aide du Burkina et du Nigeria est reconnue, d’autres pistes de  financement apparaissent. Selon des     témoignages et des documents obtenus par le « Canard », des proches  de Ouattara ont monnayé, en 2009 et en 2010, d’importantes quantités  d’or volées des mines du Nord.

Plusieurs tonnes ont été acheminées au Ghana voisin sous couvert de véhicules de l’Onu. Puis envoyées, par petites quantités, à Anvers (Belgique) pour y être transformées.

A l’état de poudre, cet or a été négocié à plus de 15000€ le kilo.

L’image  du camp Ouattara – présenté par certains comme l’axe du bien – restera  également entachée par les     massacres commis ces derniers jours. A Duekoué, par exemple,  plusieurs centaines de morts seraient, selon l’ONU et diverses  organisations, surtout imputables aux FRCI, les forces rebelles de Ouattara.

En  contact téléphonique permanent avec Ouattara, Sarkozy, qui prétendait  le soutenir au nom de la protection des civils, devra ramer dur pour faire oublier les exploits de certains chefs de guerre. Et pour transformer cette  intrusion meurtrière en victoire démocratique.

Jean-François Julliard

Source: Le canard enchaîné

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