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17 janvier 2011

Hommage à Patrice Lumumba: La dernière lettre de Patrice Lumumba

La dernière lettre de Patrice Lumumba

 

Patrice Emery Lumumba (1925-1961)
Patrice Emery Lumumba (1925-1961)



Essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?

Ce n'est pas ma personne qui compte, c'est le Congo
Patrice Lumumba





Patrice Lumumba en mai 1960 à Stanleyville
Patrice Lumumba en mai 1960 à Stanleyville
© lynn waldron

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu'on dise que l'avenir du Congo est beau
Patrice Lumumba







Le livre du sociologue belge Ludo de Witte révéla dans quelles conditions était mort Lumumba
Le livre du sociologue belge Ludo de Witte révéla dans quelles conditions était mort Lumumba


Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba

 

 

 

 

Source: Le blog de Lepic Abbesses

21 avril 2009

NEGRITUDE ET NEGRE-ATTITUDE

afrique.jpg
Depuis des décennies, des hommes et des femmes ayant pour dénominateur commun la terre Afrique, se sont battu, certains au péril des leurs vies, pour dénoncer l’esclavage et la colonisation dont fut victime notre continent.
De la défense de l’identité de l’homme noir (nègre) par Aimé Césaire est née la négritude, un courant littéraire et politique visant de redorer le blason du nègre au vue de sa condition de l’époque. Condition qui n’a pas fondamentalement évoluer malgré le travail fait, et bien fait selon moi par Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et autres.

En lisant La Tragédie du Roi Christophe (Pièce de Théâtre de Aimé Césaire), on entrevoie à Travers le Personnage de Christophe, d’une part, un Aimé Césaire dénonciateur de la condition du nègre qui résulte de la cruauté de l’occident et d’autre part, un Aimé Césaire très révolté de voir son peuple incapable de relever la tête et de se mettre à l’ouvrage pour s’offrir des lendemains meilleurs.

Le texte qui suit représente pour moi Les Quatre Commandants de la Négritude :

Christophe discutant avec sa femme :
Je cite :<<
MADAME CHRISTOPHE:
[…]
Christophe, à vouloir poser la toiture d’une case
sur une autre case elle tombe dedans ou se trouve grande!
Christophe, ne demande pas trop aux hommes et à toi-même pas trop!

[…]
CHRISTOPHE:
Je demande trop aux hommes! Mais pas assez aux Nègres, Madame!
S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs.
C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont les mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres.
Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous? A qui fera-t-on croire que les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, que tous, ils ont reçu, plaqué sur le corps, au visage, l’omni-niant crachat! Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls, les Nègres!
Alors au fond de la fosse! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arc-boute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh! la tête, large et froide! Et voilà pourquoi il faut en demander aux Nègres plus qu’aux autres: plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas, et tenir gagné chaque pas! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche!


Tout y est :
1. Prise de conscience de la situation précaire du nègre,
2. Fustigation de l’oppresseur,
3. Incitation au travail car lui seul peut faire évoluer les choses,
4. Avertissement qu’en cas de laxisme, la situation pourrait être critique.

Malheureusement le nègre en faisant ce qu’il sait le mieux faire (c'est-à-dire pas grande chose), a transformé le Négritude en Nègre-attitude soit en se recroquevillant sous son carcan de sous-homme bafoué par la traite négrière et la colonisation, soit en passant le clair de son temps à se plaindre, à accuser l’occident du sort qui est le sien aujourd’hui et finir par demander réparation pour préjudice subit.

Je trouve honteux et grotesque cette attitude enfantine de certains de nos soit disant intellectuels et dirigeants Africains.
En outre, cela est d’autant plus ridicule que, hier comme aujourd’hui, la démarche de l’occident vis-à-vis de l’Afrique noir n’a pas fondamentalement changé et rare sont ces Noirs Africains qui osent dire ‘Non’ aux malversations orchestrées en Afrique par les puissances mondiales au détriment de leur peuple à partir du moment où ils y gagnent quelque chose au plan personnel.

Afrique le pied de tes enfants a flanché, aujourd’hui plus encore qu’hier. Et que font ils pour se relever ? Rien à part des querelles fratricides qui finiront par réduire à néant l’infime lueur d’espoir que tes petits enfants présageaient.

Je comprend mieux pourquoi Aimé Césaire alors qu’ayant le vent en poupe sur la scène politique au moment de la « décolonisation » de l’Afrique, n’a pas fait proclamer l’état Martiniquais. Réalisme oblige… A lui seul, il n’aurait pas pu contenir les trahisons et les coups bas de ces nègres prêts à tous pour leur maître blanc dont ils exécuterons les ordres en disant ‘Wi Missié. Mèci Missié’ sans penser au futur des leurs, juste pour une tasse de mauvais miel.

Pire, des Noirs Africains viennent de vomir leur racines.
L'île de Mayotte vient de devenir département Français par référendum. Juste pour dire que des nègres, au XXIème, préfèrent confier à jamais l’avenir de leur peuple au colonisateur blanc. (lol) Comme toujours, des ‘historiens et intellectuels Noirs’, assis à Paris et participant à des débats sur des télévisions et radios Européennes s’indignent du comportement de la France. Mais diantre, avez-vous demandé aux Mahorais leurs motivations ?

mayotte.jpg

Ils ont carrément vendu l’âme de leurs ancêtres dans l’espoir d’un mieux être.
L’unique responsable de cette dérive est la classe politique de ce peuple noir incapable de s’assumer. Pauvre Afrique…
J’évite même de parler des milliers de noirs (hommes, femmes, enfants) voyageurs clandestins qui meurent chaque jour en mer dans des embarcations de fortune dans l’espoir d’atteindre leur Eldorado que représente l’Europe.
Comme le dit l’adage, « Paris ne s’est pas fait en un jour ». Aussi, l’Afrique, notre Afrique nouvelle ne se fera pas en un jour. Cependant, il va falloir véritablement se mettre au travail.
Comme le dit Césaire dans la Tragédie du Roi Christophe : « Les autres ont fait à petits coups de siècles. Où est pour nous le salut, si ce n’est que nous ferons-nous- à grands coups d’années. »

Regarder autour de vous … Le monde change… Israel, la Chine et aussi l’Inde qui ont connu la souffrance et la persécution comme les noirs d’Afrique, n’ont plus rien à envier à l’occident. Cependant Mama Africa est toujours à la traîne et vraiment loin derrière avec son fardeau composé d’un interminable chapelet de maux.

Que faut il faire pour suscité un nouvel élan dans la démarche émancipatrice de l'Afrique Noir ?

Vive notre Afrique dont je ne suis pas très fière